juil 11
L’absentéisme récurrent des faiseurs de loi (ou l’abstentionnisme 1 ?)
Comment battre en brèche l’inertie de notre Assemblée nationale ? En effet, je ne suis pas un spécialiste mais je constate, à l’instar de beaucoup de Français, que notre Chambre basse ne remplie plus sa fonction première. Où sont passés nos faiseurs de loi ?
Entre l’absentéisme dû en partie au cumul des mandats et le manque de conviction politique de nos députés, l’Assemblée nationale a désormais un rôle de chambre d’enregistrement d’Ancien Régime. Certes,
En apparence seulement car on se rend compte très rapidement que ce bon vieux clivage droite-gauche est systématiquement remis en avant par notre société. C’est normal me direz-vous pour une société largement franco-française quelque peu nombriliste. Oui, mais voilà : tous mes concitoyens ne sont pas manichéens et certains ne veulent pas voter éternellement pour le P.S d’un côté, pour l’UMP de l’autre. Il existe depuis plus d’un bicentenaire maintenant de nombreuses variantes d’une droite forte réconfortante tout comme il existe « énormément » de partis de gauche (j’y reviendrai). Ces derniers se réclamant toujours du camp républicain (ah bon ! ils ont le monopole ? Ont-ils déposés un brevet à l’INPI au moins ?). C’est mignon, mais certains Français aspirent à plus de démocratie.
Personnellement, je souhaite que tous les partis puissent s’exprimer au sein d’une Assemblée républicaine pour le coup. C’est-à-dire qu’il faudrait probablement qu’on introduise une bonne dose de proportionnelle à l’Assemblée nationale. Ainsi, les petits partis pourraient peser politiquement sur un hémisphère historiquement ancré à droite (en ce qui concerne l’histoire de
J’estime que le pluralisme est la clé de la démocratie ! Maintenant que
Par contre, le fait que le MoDem n’ait obtenu que quatre sièges est un petit peu plus inquiétant. Il y a toujours le Nouveau Centre qui réunit une vingtaine de députés, mais ça ne s’apparente nullement à la force qu’a représentée jadis l’UDF. Les Verts sont également largement ignorés. Après s’être donnés bonne conscience avant le premier tour des présidentielles (grâce, ou à cause, de Nicolas Hulot), les Français ont totalement oublié les problèmes soulevés régulièrement par le courant de l’écologie. Enfin, malgré un net progrès du Parti Socialiste par rapport à 2002, je constate que le parti créé par François Mitterrand est au point mort depuis fort longtemps. Après le 21 avril 2002 et la défaite dès le premier tour de Lionel Jospin, le P.S s’est rassuré et s’est enterré dans un immobilisme malsain grâce à des élections ou encore un référendum secondaires 7. C’est donc la quatrième défaite consécutive à des élections nationales pour un P.S en déroute.
Il existe pourtant au moins un palliatif, un remède : il s’agirait d’inventer, ou plutôt de « redécouvrir 8 » une sorte d’union socio-démocratique au sein des différents partis actuels. Après tout, c’est purement et simplement ce qu’a réussi à faire la droite grâce à MM. Chirac et Sarkozy par le biais de l’UMP. Alors pourquoi proposerais-je de glisser vers un système que je condamnais au début de cet écrit ? Bien sûr que la concentration des nombreux « petits partis » de gauche, du P.C, des Verts, du nouveau P.S et d’un centre incarné par le parti de François Bayrou (le MoDem) conduirait
C’est pourquoi je rêve d’un rassemblement citoyen digne de ce nom qui pousserait nos politiques à se regrouper pour la bonne cause. Je m’émerveille en songeant à une Assemblée constamment pleine à craquer de députés besogneux et de particuliers soucieux de leur devenir. Je rêve d’une société française qui irait voter plus régulièrement et pour les hommes politiques qu’elles désirent réellement. Enfin, si vous croyez que je me contredits en prônant à la fois un multipartisme démocratique intemporel et un bipartisme calculé, tendez l’oreille et soyez attentifs aux commentaires des résultats électoraux. Nous avons dors et déjà inconsciemment glissés vers ce bipartisme non intentionnel : il y a eu exceptionnellement une seule triangulaire en France (et c’est Jean Lassales qui l’a remportée avec plus de 40% des voix).
D’autre part, M. Mamère (les Verts) a été réélu avec plus de 60% des voix et on peut se demander si c’est un appui anonyme à ses engagements citoyens : arrachage d’OGM, tentative de mariage homosexuel. De même, beaucoup de candidats se sont désistés au profit d’un autre et notamment à Paris où un candidat UMP s’est dit trahi par le MoDem après une bataille électorale épique. Pour ma part, je pense sincèrement que la réunion des hommes politiques déterminés du centre ou des gauches est le seul moyen de repartir sur de bonnes bases républicaines.
Evidemment, il faut avoir à l’esprit que, tout comme les antibiotiques, « ce n’est pas automatique ». Le renouvellement indispensable des membres du Parti Socialiste, voire la refondation 10 d’un nouveau parti (le Nouveau Socialisme, le NS ?) pourrait éventuellement séduire une majorité de Français. Allié au MoDem, mais également aux autres partis de gauche une formidable entreprise de réforme de l’Etat pourrait voir le jour et, à moyen terme (cinq à dix ans), permettre à
(1) Alex Nov (Novalex), où est-tu ?
(2) Nous allons bientôt fêter le cinquantenaire (et non pas le soixantenaire) de
(3) A l’origine, le sigle O.G.M signifiait « Organisme Génétiquement Manipulé » : ça semble plus pernicieux ainsi (pernicieux vient du latin, nex, necis qui veut dire « mort violente ». Selon le Petit Robert, ce terme s’emploie à propos d’êtres vivants « qui causent du mal », qui sont dangereux, nocifs, nuisibles ou, dans un sens littéraire, de quelque chose de moralement nuisible, diabolique).
(4) Confer la tentative du gouvernement Villepin à propos du CPE.
(5) Largement majoritaires sous
(6) Morceaux choisis des vœux du président du Conseil constitutionnel, P. Mazeaud, lors d’un discours du 3 janvier 2005 :
« J’en viens maintenant à une dérive de la loi contre laquelle, je l’avoue, je ne peux retenir une sorte de colère sacrée : les dispositions non normatives, si bien appelées ” neutrons législatifs ” par mon ami et maître Jean Foyer. Le président de l’Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, n’est pas en reste, puisque lui aussi, en juin 2004, fustigeait la multiplication des lois déclaratives, qui contribuent à l’encombrement de l’ordre du jour des assemblées. Le vice-président du Conseil d’État a porté un jugement identique en 2001 dans un article qui a connu un certain retentissement. Cette prise de position a été injustement critiquée, car, en rendant publique son appréciation, Renaud Denoix de Saint Marc était parfaitement dans son rôle.
Tous trois ont raison.
La loi n’est pas faite pour affirmer des évidences, émettre des voeux ou dessiner l’état idéal du monde (en espérant sans doute le transformer par la seule grâce du verbe législatif ?). La loi ne doit pas être un rite incantatoire. Elle est faite pour fixer des obligations et ouvrir des droits.
En allant au-delà, elle se discrédite. Mais, pour s’en tenir au rôle qui est le sien, tout son rôle et rien que son rôle, le législateur doit :
- apprendre à résister à la ” demande de loi “,
- s’interdire de faire de la loi un instrument de communication.
Or, je le dis solennellement, tel n’est pas toujours le cas aujourd’hui, tant s’en faut. La dégénérescence de la loi en instrument de la politique spectacle, la loi d’affichage, nous en avons eu des illustrations récentes, et pas seulement dans des amendements parlementaires, pas seulement dans des propositions de loi adoptées au creux propice de niches parlementaires…
Comment qualifier autrement que de “disposition d’affichage ” telle mesure économique à finalité incitative si complexe et si peu attractive :
- qu’on peut douter de son utilisation future ;
- et qu’elle ne semble placée dans un projet de loi que pour signifier à l’opinion que les pouvoirs publics prennent en charge un problème qui la trouble ?
Comment ne pas avoir l’impression, parfois, que l’on veut une ” grande loi ” sur tel sujet majeur, avant d’avoir une idée bien définie de son contenu ? Et que, lorsqu’elle est finalement promulguée, la ” grande loi ” est devenue un catalogue de mesures utiles certes, mais hétéroclites et très en retrait de l’exaltant dessein premier ? En considérant que la loi devait être non seulement précise mais également ” revêtue d’une portée normative, le Conseil constitutionnel a manifesté sa volonté de lutter contre cette évolution délétère.
” La loi est l’expression de la volonté générale”, énonce l’article 6 de
Sous réserve des dispositions particulières prévues par
Cette jurisprudence a été critiquée comme trop compréhensive à l’égard de la ” loi bavarde “, à l’égard d’un droit qualifié de ” mou “, voire de “gazeux “. Cette critique était juste et nous l’avons entendue. Un universitaire, par ailleurs commentateur avisé de nos décisions, le professeur Bertrand Mathieu, a dénoncé en ces termes les formules législatives non normatives : ” Non seulement elles affaiblissent la portée des lois en général, mais encore elles contribuent à écarter les problèmes sans les résoudre. Le verbe remplace l’action, le problème est censé être résolu car on a gravé son intention de le résoudre dans le marbre de la loi. C’est en fait à un subterfuge, à un trompe l’oeil que l’on a recours. La confiance des citoyens dans la loi ne peut qu’en être gravement affectée. C’est alors le juge qui crée le droit, indépendamment des bavardages et des transparences de la loi.“
Avant lui, comme vous le rappeliez, Monsieur le président de
Tout est dit.
Cette façon d’amollir la loi de considérations générales et de voeux pieux est un phénomène moderne. J’ai fait procéder à un recensement exhaustif de la centaine d’occurrences du mot ” loi ” figurant dans nos textes de rang constitutionnel. Ce recensement fait apparaître que la loi est le sujet de verbes ayant tous un contenu ” décisoire ” (détermine, fixe, ordonne, régit, réglemente, autorise, défend, exclut, etc.). La seule exception (d’ailleurs symptomatique) figure au dernier alinéa de l’article 3 de
Le Conseil constitutionnel est donc prêt à censurer désormais les “neutrons législatifs “. »
Retrouver l’intégralité du discours sur : les Cahiers constitutionnels n°18.
(7) D’aucuns pourront confirmer que les débats concernant l’Union européenne n’ont pas volé très haut (même s’ils ont à coup sûr passionnés beaucoup de Français).
(8) A l’instar des IIIème et IVème Répupliques.
(9) Personnellement, je considère qu’une avance de plus de cent sièges pour l’UMP et le Nouveau Centre signifie que tous les autres partis que j’ai cités à l’instant ont perdus.
(10) Nouvel Observateur de 1993 : « Une véritable refondation morale de
(11) Ces ministres élus devraient quitter le gouvernement et conserver leur siège de député ; citons par exemple M. Alliot-Marie, C. Boutin, F. Fillon (ah non ! suis-je bête… Il est à nouveau Premier ministre).

août 25th, 2007 à 8:29
Hmmm.
M’est avis que tu mélanges un peu tout sous un titre assez peu fédérateur.
1. Sur l’absentéisme des députés tout d’abord, je ne serais pas aussi assuré que toi. Qu’un texte soit voté à 10 députés pour et 8 contre revient au même que 100 députés pour et 80 contre. Pour avoir déjà travaillé à l’Assemblée Nationale, je peux te garantir que les députés suivent la séance par la télé et se rendent dans l’hémicycle en courant dès que son camp est en passe de perdre le vote. De sorte qu’on a jamais vu la minorité faire obstacle à la majorité pour cause d’absantéisme de cette dernière.
2. Sur le Parlement, chambre d’enregistrement, je reprendrai l’expression de Guy Carcassonne : les avantages conférés à l’exécutif sont devenus des privilèges lorsqu’est apparu, sans qu’on s’y attende, le fait majoritaire. M’est avis que les rares fois où le Parlement a tenté de jouer un rôle intéressant (Outreau…) il s’est lamentablement vautré, tout seul, comme un grand. De la même façon, s’il vote des lois bidons tous les jours (qui soit dit en passant seront rarement appliquées) c’est certes parce qu’il est dominé par l’exécutif qui les lui impose, mais c’est aussi parce que le Français moyen aime la loi. Il veut une loi en réponse à chaque fait divers et il jauge l’action de son député au nombre de lois qu’il aura votées. Je pense donc que voir le Parlement comme le pauvre enfant malheureux est lui faire un peu trop de fleurs
3. Sur le parti socialiste, qu’il s’appelle PS, NS ou autre, je pense qu’il continuera à avoir du mal à convaincre tant qu’il rassemblera des éléments aussi hétérogènes allant de l’antilibéral de base, du militant de Bové rentré dans les rangs, jusqu’au social démocrate et aux blairistes. C’est un problème de cohérence. Tout le monde est tombé sur Ségolène Royal quand elle a dit ne pas partager certaines propositions, mais c’est et ce sera toujours le prix de la synthèse : un candidat moyennement convaincu par son propre programme et qui donc convainc moyennement les électeurs. J’espère me tromper mais bon…
Sur ce, bonne journée et merci pour ce nouveau blog intéressant
Ddt.
août 26th, 2007 à 20:30
Hooo !!! Le titre c’était fait exprès. Mais j’avoue que ça ne valorise pas le Parlement. Et puis bien sûr que lorsqu’il le faut la majorité ira voter : heureusement d’ailleurs, sinon une minorité de Français imposerait constamment ses moindres désir.
En tout cas je suis satisfait de ce commentaire qui rééquilibre un peu la balance en faveur du Parlement. A force de vouloir trop synthétiser, j’ai dû faire abstraction de certaines réalités. Mais malgré tout, ne trouves-tu pas que les députés devraient siéger plus souvent dans l’hémicycle ?
Après tout, ils doivent non seulement veiller aux intérêts particuliers de leur électorat mais également défendre et promouvoir l’intérêt général. Enfin bon, de toute façon, le vrai problème se situe ailleurs. Tu l’évoques dans ton 2ème point : le fait est que notre Parlement a perdu bon nombres de ses prérogatives. Son rôle s’est réduit à une peau de chagrin car il est à la botte du pouvoir exécutif.
J’exagère, mais « il est (vraisemblablement) dominé par l’exécutif » et donc, sans aller jusqu’à en faire « le pauvre enfant malheureux de la République », je souhaiterais juste qu’il regagne un peu de sa prestance. S’il vote des lois bidons afin de satisfaire les attentes des Français, c’est bien souvent sous l’impulsion du pouvoir exécutif. Les domaines réglementaire et législatif sont bien délimités mais le gouvernement peut facilement contourner les difficultés liées aux actes administratifs lorsqu’il « contrôle » la fabrication de la loi.
C’est certainement une conséquence du fait majoritaire, mais rien n’est inéluctable. Les trois pouvoirs doivent collaborer, certes, mais ils doivent également se contrôler, s’affirmer les uns par rapport aux autres et, ainsi, s’autoréguler.
Il me semble que notre Parlement ne remplit plus son rôle prééminent lors de l’élaboration de la loi et ça me chagrine car je suis attaché à la tradition parlementariste de la France. L’Assemblée nationale ainsi que le Sénat sont peut-être déjà de simples chambres d’enregistrement. Snif, snif… Mais surtout, ce que je voulais dénoncer c’est le glissement de fait vers le bipartisme. Je considère, à l’instar de la Cour européenne des droits de l’Homme, que la pluralité politique est primordiale dans toute démocratie.
Pour finir, je suis complètement d’accord avec toi concernant le P.S. Leur problème c’est le manque de cohérence. L’hétérogénéité tue le message politique final, mais en même temps il faut être nombreux pour remporter des élections, non ? Le P.S va devoir rassembler à nouveau ses électeurs et fédérer des couches sociales très disparates, mais comment ? Mon idée était simplement de regrouper les partis (en partant de l’extrême gauche jusqu’au centre) dans le but de remporter des élections. Mais ça peut causer de multiples difficultés : manque de clarté dans le message politique ; impossibilité de gouverner une coalition trop large etc…
Merci pour ton commentaire et à la prochaine.
Nota Bene : Tu travailles toujours à l’Assemblée nationale ?
août 26th, 2007 à 21:10
Réponse courte, j’ai peu de temps ce soir
1. Le vrai problème n’est pas tant que les députés soient “à la botte” du gouvernement. Ca, c’est l’évolution historique, on n’y peut pas grand chose. Je m’inquiète bien plus qu’ils perdent le contrôle de ce qu’ils votent car ils sont des administratifs et des technocrates (sans sens péjoratif dans ma bouche), et non plus des juristes (avocats en tous genres). Les lois sont faites ailleurs, ils ne les comprennent pas, ne les lisent pas, mais les votent. Pas tant par obéissance que par incapacité de les comprendre et de les corriger.
2. Bien sûr j’exégère, certains sont de fins juristes, mais ils sont minoritaires. Le député du fin fond des Pyrennées n’est plus le juriste du département, mais l’agriculteur charismatique qui “monte à Paris” pour chanter au Parlement, si tu vois ce que je veux dire…
3. Non, je ne travaille plus depuis belle lurette à l’AN, j’y ai justé été stagiaire en été en tant qu’assistant parlementaire, mais c’était il y a quelques années déjà. J’ai choisi la justice désormais, et ça me convient mieux