oct 27

LES CONFERENCES DE L’ETOILE : l’écologie, un frein pour l’économie ?

Tag: PolitiqueDenis75 @ 19:36

Le pasteur Alain Houziaux a eu l’excellente idée d’organiser une série de conférences sur le thème : réinventer la vie, comment ?

C’est ainsi que les conférences de l’Etoile ont attiré nos regards car les sujets, loin d’être rébarbatifs, sont exposés sous un angle intéressant. La conférence de ce mercredi 3 octobre 2007 avait pour thème : l’écologie, un frein pour l’économie ? De plus, le panel d’intervenants était diversifié (ce qui a donné lieu à de vifs échanges contradictoires) et renommé. C’est ainsi que nous avons pu entendre : Jean-Philippe Barde (économiste de l’environnement), André Fourçans (Professeur d’économie à l’ESSEC) et Corinne Lepage (ancienne ministre et Professeur à Sciences Po).

Je vais maintenant retracer succinctement les débats qu’ont suscité la question du pasteur : l’écologie est-elle un frein pour l’économie ? Ensuite, j’essaierai de faire un parallèle constructif avec d’autres nouvelles.

L’économiste J.P Barde nous a tout d’abord donné une définition simple de l’économie : c’est la science de la lutte contre la rareté. Puis il a affirmé que les économistes s’étaient désintéressés de l’écologie car la nature était considérée comme une richesse gratuite. Jean-Baptiste Say nous énonçait que : « les richesses naturelles sont inépuisables (…) c’est pourquoi l’écologie n’a pas à s’y attacher ».

Ensuite, M. Barde nous a fait un résumé des sommets internationaux et de la gestation de la prise de conscience globale sur les problèmes environnementaux (le sommet de Stockholm en 1972, le sommet de Rio en 1992 et le sommet de Johannesburg en 2002). La naissance de la notion de « développement durable » se situerait en 1992 et la conférence de Johannesburg de 2002 s’intitulait : « sommet sur le développement durable ».

M. Barde en arrivait à la conclusion que deux constat pouvaient alors être tirés : un pessimiste (il existerait une incompatibilité entre l’écologie et l’économie) et un autre plus optimiste (une synthèse de ces deux sciences serait possible).

D’aucuns pensent (ou veulent laisser croire) que l’unique solution, pour enrayer la crise écologique que nous vivons, est de stopper net la croissance : ainsi, plus de voiture, ni d’usines polluantes pour subvenir aux besoins en électricité des populations les plus favorisées etc… Bref, plus de croissance.

Or, cet économiste laissait entendre, au contraire, que la croissance est un vecteur essentiel du droit de l’environnement. Il a d’ailleurs posé cette question : « Si nous sommes en phase de décroissance, que devient le progrès technique ? C’est une condition essentielle du droit de l’environnement ».

M. Barde évoquait également des absurdités qui coûtent chères à l’Etat et à l’environnement : la collectivité verse en effet des subventions substantielles pour favoriser les secteurs de l’agriculture et de l’industrie qui ont un effet pervers sur la Terre ; il y a 250 milliards de dollars qui sont versés chaque année pour la production d’énergie mondiale. En outre, lorsque l’on prend l’avion, le kérosène n’est pas taxé : c’est une manne fiscale très importante qui ne rentre pas dans les caisses des Etats.

Selon cet économiste, l’écologie et l’économie sont désormais obligées de coexister. Nous ne pouvons plus avoir des comportements irrationnels qui causent d’irréversibles dommages à notre planète juste pour « gratter » trois francs, six sous.

Corinne Lepage était intervenue afin de répondre à une question du public et avait pris un exemple illustrant parfaitement ce que nous expliquions ci-dessus. Pour fabriquer un jean, nos entreprises occidentales préfèrent réunir les matières premières dans une certaine filiale ; celle-ci remplira les conteneurs d’un autre bateau pour les envoyer dans une autre filiale ; puis, les jeans repartiront vers les ateliers de la société mère pour y être conditionnés et dispatchés vers les pays destinataires. Ce n’est qu’un exemple, mais notre jean fait 68000 Km avant d’arriver dans notre boutique préférée car le transport en bateau est peu onéreux.

André Fourçans a pris la parole et il a proposé un double degré d’analyse :

-En quoi l’écologie influe-t-elle sur l’activité économique ? (premier degré)

-En quoi l’analyse économique est importante pour comprendre l’écologie ? (second degré)

Commençant par le deuxième degré, M. Fourçans nous explique que les économistes font des analyses coûts bénéfices et qu’ils analysent les arbitrages. L’économiste va d’abord regarder combien ça coûte si on ne fait rien, puis si on fait quelque chose ; ensuite, il mesurera l’impact sur la croissance et l’emploi.

Il a donc débuté son argumentation en affirmant que les estimations sur le coût du réchauffement étaient exagérées (entre 1 et 3% du PIB mondial).

Ensuite, M. Fourçans a affirmé qu’il fallait prôner l’incitation plutôt que la répression. Il a également fait un bilan plutôt mitigé sur les éoliennes : si le bilan est globalement positif, cet économiste nous annonçait que la production d’électricité par les éoliennes coûtait 2 à 3 fois plus chère que celle des diverses centrales. Par contre, il soutenait que l’énergie solaire était « vraisemblablement » la plus plausible car « le soleil est encore là pour 5 millions d’années ».

Finalement, la dernière intervenante était Corinne Lepage qui s’est montrée beaucoup plus critique. Des pesticides qui ont ruiné qualitativement certains sols aux risques pour la santé (cancer, baisse de la fécondité : en deux générations, ce seraient près de 50% de spermatozoïdes en moins), l’ancienne ministre a axé son intervention sur la possibilité de repenser notre modèle économique.

Selon Mme Lepage, un nouveau mode de gestion des ressources est notre problème prioritaire. Elle a illustré son leitmotiv avec un exemple frappant (dont je m’étais déjà fait écho) et qui laisse songeur. Si tous les êtres humains vivaient comme les Etats-Uniens, il faudrait 5 planètes ; si tout le monde vivait comme les Européens, il faudrait 3 planètes.

Elle a ensuite parler de « rationalité économique » : dans notre mode de calcul actuel, le PIB est un indice « aveugle ». En effet, il ne s’intéresse qu’aux flux et non pas aux stocks. Afin d’illustrer ceci, nous pouvons penser à l’énergie nucléaire. Mme Lepage nous disait que le nucléaire représente 90% de l’énergie produite en France, mais seulement 15% de l’énergie consommée en France. Au surplus, elle relativisait l’importance de cette production en arguant que le nucléaire représente 2% de l’électricité consommée dans le monde. Elle concluait son intervention en affirmant qu’aujourd’hui « nous sommes prêts à investir dans les énergies renouvelables. »

Cette conférence, fort intéressante au demeurant, s’est terminée sur un postulat à la fois optimiste et alarmiste : « nous trouverons toujours un moyen pour sauver le monde (…), mais y arriverons nous à temps » ?

Après avoir résumé cette conférence, nous pouvons développer certaines pistes évoquées par les intervenants et les mettre en corrélation avec la conclusion du Grenelle de l’environnement. Tout d’abord, c’est Mme Lepage qui avait parlé « d’économie en boucle ». Or, dans Le Monde du lundi 22 octobre 2007, j’étais tombé sur une interview de Dominique Bourg intitulé : « stratégies pour une croissance non catastrophique ».

Il développait l’idée d’économie en boucle, c’est-à-dire l’idée que certains déchets industriels peuvent servir à d’autres sociétés. Il évoquait « l’économie circulaire » qui, avec les écoparcs notamment, permet à certaines entreprises de « mutualiser l’utilisation de certains matériaux pour que les déchets des uns puissent servir de ressources aux autres ». Mais, selon M. Bourg, les économies réalisées ne dépasseraient pas 30% : « c’est loin d’être suffisant ». Alors, il introduisait une seconde piste : « il s’agit de substituer à la vente d’un bien la vente de la fonction d’usage ». Il estimait qu’ainsi les producteurs auraient intérêt à ce que le support dure le plus longtemps possible. En effet, les industriels ont tout intérêt à vendre un maximum de biens et donc ils limitent fort peu leurs productions physiques. Au contraire, s’ils vendent « la fonction d’usage » d’un bien, ils auront intérêt à faire durer le produit durant un maximum d’années (ce qui est rarement le cas aujourd’hui : réfrigérateurs « polluants », voitures mais aussi, sur un autre terrain, ordinateurs…). L’économie de fonctionnalité serait donc une piste intéressante sur laquelle la société Michelin s’est engagée : pour les transporteurs routiers, Michelin s’est aperçu que le fait de réchapper, recreuser un pneu plusieurs fois multiplie par 2,5 sa durée de vie. C’est également une source d’économie en matière première très substantielle.

Pour conclure, je souhaiterais rapprocher ces développements de la clôture du Grenelle de l’environnement. Quelques extraits du discours de Nicolas Sarkozy du 26 octobre 2007 : « je veux que le Grenelle soit l’acte fondateur d’une nouvelle politique, d’un New Deal écologique en France. (…)

Premier principe : tous les grands projets publics, toutes les décisions publiques seront arbitrés en intégrant leur coût pour le climat, leur « coût en carbone ». (…)

Deuxième principe : renverser la charge de la preuve. Ce ne sera plus aux solutions écologiques de prouver leur intérêt. Ce sera aux projets non écologiques de prouver qu’il n’était pas possible de faire autrement. (…)

La vérité, Wangari Maathai et le vice-président Al Gore ont eu le courage de la proclamer : notre modèle de croissance est condamné. Pire encore, le maintien de la paix dans le monde est condamné si nous ne faisons rien. Il faut avoir le courage de dire qu’il n’y aura plus de pétrole avant la fin du siècle. Il faut avoir le courage de reconnaître que nous ne connaissons pas tous les effets à long terme des 100 000 substances chimiques commercialisées [ni ceux des déchets nucléaires]. (…)

Je veux revenir sur le dossier des OGM : la vérité est que nous avons des doutes sur l’intérêt actuel des OGM pesticides ; la vérité est que nous avons des doutes sur le contrôle de la disséminations des OGM. (…) Je ne veux pas me mettre en contradiction avec l’Union européenne. Mais, dans le respect du principe de précaution, je souhaite que la culture commerciale des OGM pesticides soit suspendue. (…)

Je suis d’accord pour aller plus loin dans la réflexion. L’objectif est de taxer plus les pollutions, notamment les énergies fossiles, et de taxer moins le travail. Je m’engage à ce que la révision générale des prélèvements obligatoires se penche sur la création d’une taxe « climat-énergie » en contrepartie d’un allègement de la taxation du travail pour préserver le pouvoir d’achat et la compétitivité ».

 

 

Maintenant, il faudra analyser les mesures concrètes qui découleront de ce Grenelle. Pour ma part, j’estime que le Grenelle représente un petit pas pour l’humanité ou plutôt un « essai » qu’il va falloir transformer et réitérer.