nov 11
La chronique d’Olivier JAY
Autant j’avais apprécié certaines interventions de M. Jay sur LCI car elles étaient suffisamment objectives et avaient le mérite d’inviter à réfléchir. Par contre, la chronique d’Olivier Jay sur LCI ce dimanche matin était de toute évidence partiale et mensongère.
Je m’explique : tout d’abord M. Jay a clairement affirmé que ce mois de novembre allait être synonyme de « chienlit », et ça, nous ne pouvons manifestement pas l’infirmer. Puis il a explicité que cette grève hétéroclite n’avait pas de raison d’être. Ce dernier postulat mériterait d’être développé mais il doit être laissé à l’appréciation de chacun.
Ce qui m’a troublé, ce sont les amalgames qui ont suivi : selon M. Jay, tous ces grévistes ne sont ni plus ni moins que des privilégiés (cheminots [ça, passe encore vu la lobotomisation nationale que nous subissons depuis le début de la campagne présidentielle, c’est-à-dire depuis plus d’un an], le personnel judiciaire [ça se passe de commentaire ; rappelons juste que les magistrats n’ont pas le droit de faire grève, que les avocats ainsi que les maires « clientélistes » n’ont pas fait à proprement parler de grève], le personnel du milieu hospitalier, les fonctionnaires [du secteur de l’énergie et de la fonction publique en général] ainsi que les étudiants).
C’est faux ! Les privilèges se situent ailleurs, mais j’y reviendrai. En tout cas, ce que je veux bien faire comprendre à M. Jay, c’est qu’il y a matière à faire grève. Si les cheminots partent à la retraite à 55 ans, c’est parce que c’était stipulé dans leur contrat. De plus, si l’on supprime ces régimes spéciaux (qui concernent également des salariés du secteur privé), l’allongement de la durée de cotisation de tous ces travailleurs représentera une économie de 3 à 4 milliards d’euros : une goutte d’eau dans le gouffre des finances publiques. En comparaison, les « allègements fiscaux » votés en juillet 2007 vont coûter à la collectivité plus de 10 milliards d’euros et concerner surtout les plus fortunés (qui a les moyens de s’acheter un logement vu les prix actuels de l’immobilier afin de bénéficier de la déduction des intérêts d’emprunts : pas beaucoup de personnes, mais bon ; en ce qui concerne les héritages, seuls 30% des Français devaient payer un impôt lorsqu’ils héritaient - c’est-à-dire les 30% les plus riches - désormais il n’y a plus que 5% des Français les plus fortunés qui s’acquitteront de cet impôt etc, etc…).
Mais revenons-en à nos cheminots. Pourquoi focalise-t-on le débat sur les cheminots ? En effet, de nombreux syndicats de la fonction publique ont appelé à la grève. Pourquoi ne parle-t-on pas des milliers de salariés du privé qui bénéficient d’un régime spécial de retraite ? Aurait-on peur que la grogne s’étende ? Et oui, parce que, de mon point de vue, nous devrions plutôt aligner d’autres catégories de salariés sur un régime spécial de retraites : les travailleurs du bâtiment, les ouvriers.
D’ailleurs, pour avoir été à la fois « ouvrier spécialisé » (pardon, cette appellation n’existe plus) et étudiant, je puis vous jurer que le travail dans les usines est éreintant et même dégradant (selon les usines auxquelles les manutentionnaires sont confrontés).
Quoi qu’il en soit, les salariés ou fonctionnaires ne gagnent pas assez bien leur vie et ce n’est sûrement pas à ce niveau que se situent les privilèges. Alors qu’il en était question, le gouvernement a éludé le problème des niches fiscales : tous ces yachts, voitures exorbitantes et villas luxueuses qui permettent des déductions faramineuses. Mais encore, le problème des « retraites plafonds » ou des « parachutes en or » constitue indubitablement des privilèges. Au surplus, seuls les régimes spéciaux de nos élus devraient faire l’objet d’une remise en question.
Finalement, pour traiter d’un sujet qui me concerne directement, les étudiants ne sont certainement pas les Français les plus privilégiés : il suffit de se rendre sur le campus de certaines universités pour en avoir le cœur net (Paris VIII - Université Saint-Denis, Paris X - Nanterre, même à Paris I - Panthéon Sorbonne). Alors, lorsque M. Jay explicite que la loi sur l’autonomie des universités va améliorer « le rendement » des facultés françaises, ça me laisse sans voix. Selon ce chroniqueur de LCI, elle permettra de mettre en concurrence les différentes universités, ce qui était déjà le cas ! Or, s’il y avait bien une concurrence intellectuelle, il sera désormais question d’une concurrence financière qui développera les inégalités. Donc il s’agit de défendre notre système républicain qui tente, bon gré mal gré, de réduire ces inégalités de droit.
Permettez moi de conclure en citant Gambetta qui disait : « ce qui constitue la vraie démocratie, ce n’est pas de reconnaître des égaux, c’est d’en faire ». Par conséquent, Mobilisons nous, faisons la grève afin de promouvoir la démocratie.

novembre 11th, 2007 à 19:27
je serai tenté de te demander ce que tu pense des mouvements étudiants actuels ms non
Ce que je peux dire par rapport a ta conclusion:
A. de Tocqueville disait : “Aux EU on a la passion de de la liberté, en france on a la passion de l’égalité” Si ce n’est pas revelateur de notre mode de pensée
novembre 11th, 2007 à 19:55
Certes, nous avons la passion de l’égalité, mais la liberté n’est pas exclue : elle va de pair avec l’égalité. Qu’est-ce que la liberté si elle est restreinte à un petit nombre de “privilégiés” ?
L’égalité, ainsi que la fraternité, ont été trop longtemps sacrifiées sur l’autel de la liberté. Mais bon, passons…
Concernant les mouvements étudiants, tu as le droit de me demander. Je n’ai pas d’avis tranché pour l’instant.
Si des étudiants souhaitent faire grève, et s’ils sont majoritaires au sein de chaque université, ils doivent pouvoir la faire. Non ?
novembre 12th, 2007 à 3:04
“Si des étudiants souhaitent faire grève, et s’ils sont majoritaires au sein de chaque université, ils doivent pouvoir la faire. Non ?”
Question de liberté…
novembre 12th, 2007 à 10:47
Et…
Je n’ai pas dit qu’on pouvait bafouer la liberté des individus… Mais bon, j’ai compris… J’ai encore affaire à un libertaire hein? (bande d’anarchiste) lol