fév 17

Petit aperçu de l’Australie

Tag: Généralfinuta @ 13:48

Kevin Rudds, le 1er ministre (de gauche), a récemment été élu contre son adversaire l’ex 1er ministre John Howards (de droite), après une âpre campagne où tous les coups étaient permis.

En effet, l’équipe de John Howards, 1er ministre depuis 12 ans, n’a pas hésité un instant à axer sa campagne sur la peur de l’adversaire, en déclarant que l’équipe de Kevin Rudds serait essentiellement composée de syndicalistes. En conséquence, si Kevin Rudds était élu, lui et son équipe de syndicalistes allaient déclarer grèves sur grèves, sur-réglementer le droit du travail : bref, ruiner l’économie australienne en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

Les australiens ne se sont pas fait prendre au piège, et motivés par l’envie de changement, ils ont renvoyé John Howards pointer aux ASSEDIC. Et ça y est : le nouveau premier ministre australien vient de faire une déclaration que l’on croyait encore impossible 6 mois auparavant ! Il vient de faire des excuses publiques au nom du gouvernement, du parlement, et de lui-même, au peuple aborigène pour « la génération volée ».

« La génération volée » désigne les enfants aborigènes que l’on a enlevés à leurs parents pour les placer dans des foyers, afin de les « civiliser », bien souvent à coups de châtiments corporels. Cette pratique fut abandonnée au milieu des années soixante-dix, lorsque les aborigènes eurent enfin des droits, passant aux yeux de la loi de plantes/animaux à êtres humains. Par la suite, au début des années quatre-vingt, on les autorisa à entrer dans les magasins pour acheter de la nourriture et de l’eau. Ainsi est jalonnée l’histoire aborigène depuis l’arrivée de l’homme blanc…

Mais ceci ne doit pas minimiser les excuses du 1er ministre, car une partie de l’opinion publique de la classe politique était contre ces excuses pour des raisons plus ou moins fallacieuses. La raison invoquée par les hommes politiques fut que, si le gouvernement actuel faisait ces excuses, il reconnaissait sa responsabilité. Or, est-ce qu’un gouvernement actuel peut être responsable des actes commis par un gouvernement précédent?

Sous cette réflexion intéressante se cache une autre motivation moins avouable : le refus de dédommager les aborigènes victimes de cette pratique d’enlèvement gouvernementale. On en revient donc a une vulgaire histoire d’argent. Durant cette journée, le leader de l’opposition a déclaré publiquement, juste après les excuses : « pensez-vous que l’argent que l’on va vous verser va vous permettre de rattraper le temps que vous n’avez pas passé auprès de votre famille ? » Je vous laisse juge de cette déclaration, de l’évolution des mentalités qui reste à parcourir en Australie à propos du sujet tabou des aborigènes.

P.S. : excusez-moi pour les fautes d’orthographes, vos commentaires positifs et négatifs seront les bienvenus pour les prochains articles.

One Réponse à “Petit aperçu de l’Australie”

  1. Denis75 a dit:

    La mauvaise foi de certains êtres humains (ou ne seraient-ils pas plutôt de simples êtres vivants dénués de raison et sans âme) est parfois consternante. Ce billet est très intéressant car il soulève des problématiques qui se sont notablement globalisées durant la seconde moitié du XXème siècle.

    « Est-ce qu’un gouvernement actuel peut être responsable des actes commis par un gouvernement précédent ? »

    A priori : non ! En revanche, un peuple doit se sentir responsable des erreurs commises par ses ancêtres. Par conséquent, les gouvernements qu’il élit doivent tenir compte des actes commis par les gouvernements précédents (mais ça se discute).

    En ce qui concerne l’Allemagne par exemple, dès la fin de la deuxième guerre mondiale le peuple allemand a reconnu qu’il s’était fourvoyé. Par la suite, les Allemands ont indemnisé certaines victimes ou ayants droit, ils ont opéré un devoir de mémoire et ont fermement condamné toute forme de racisme.

    Mais d’autres peuples tergiversent encore à propos de drames humains qui ont indéniablement existé. C’était le cas des Etats-Unis qui n’ont accordé le droit de vote aux Indiens d’Amérique qu’en 1955. C’est également le cas de la France ! Le Gouvernement provisoire de la République française a effectivement décidé de déclarer « nuls et non avenus » tous les actes entrepris par le régime de Pétain. Ce n’est qu’au XXIème siècle que la justice a accepté de reconnaître la part de responsabilité de l’Etat français pendant la 2nde guerre mondiale (CE, A, 12 avril 2002, Papon). Ensuite, la justice a par exemple condamné la SNCF à verser des dommages et intérêts aux victimes juives déportées par l’administration française. Evidemment, cette jurisprudence a été condamnée par le pouvoir en place et N. Sarkozy s’est très clairement exprimé à plusieurs reprises sur ce sujet : il juge que la France ne doit pas faire preuve de « repentance ». D’où la non rétroactivité du traité instituant la Cour pénale internationale qui ne peut juger les faits commis avant 2002 (c’est sous J. Chirac que la convention internationale a été signée mais ça revient peu ou proue au même : la différence entre Jacques et Nicolas étant ténue ; les intérêts privés représentés étant les mêmes…).

    En effet, si la CPI avait pu instruire les faits commis antérieurement à 2002, c’est l’Algérie, la quasi-totalité des anciennes colonies, l’ex-Indochine qui se seraient bousculées au portillon du prétoire.

    P.S : désolé pour les termes techniques et pédants… Ton article est très intéressant et j’espère avoir bientôt d’autres billets d’un jeune émigré français en Australie. Je parie que t’es en train de griller tranquillement au soleil en essayant de faire reculer des kangourous qui veulent te piquer ta bière. Chez nous il fait vachement froid…

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