mar 06
Baroud d’honneur
Vu l’acharnement politico-médiatique dont est victime Alain Juppé depuis plus de dix ans ;
Vu l’objectivité incontestable dont a fait preuve la presse locale bordelaise ;
Vu l’action politique (dolosive) menée par M. le Premier ministre depuis le début de sa carrière ;
On entend à droite (ou pire) à gauche que M. Juppé aurait effectivement commis quelques bavures. Néanmoins, il aurait soi-disant payé toutes ses dettes. Ces postulats sont manifestement faux !
La vie politique agitée du premier Premier ministre de J. Chirac semble avoir été bien vite oubliée : l’appartement de 189 m² octroyé à son fils Laurent à un prix défiant toute concurrence ; la condamnation en appel à un an d’inéligibilité et à 14 mois de prison avec sursis en 2004 ; cette extraordinaire capacité à cumuler les mandats…
Les sondages prédisent une victoire dès le premier tour du maire sortant car son bilan serait bon. L’homme aurait apparemment changé (pour la troisième fois de suite). La politique menée par sa majorité durant son congé canadien et celle menée depuis 2006 serait inattaquable, équitable et profitable à la ville de Bordeaux et à tous ses habitants.
Une petite analyse objective doit cependant apparaître quelque part. Ce n’est pas Alain Juppé que je dénigre ouvertement (il est probablement un bon père de famille, un bel ami et un « bonhomme » en général), ce qui me choque c’est l’orientation de sa vie politique depuis le début de sa carrière. Il me semble qu’il ne souhaite pas rendre service à ses concitoyens ; il me semble qu’il ne souhaite pas servir l’intérêt général. Ce court billet ne peut pas être une biographie exhaustive, mais il faut tout de même replacer certains faits dans le bon ordre.
M. Juppé a été adjoint au maire de Paris (M. Chirac) dès 1983. Puis, parachuté par son mentor sur la municipalité de Bordeaux en 1995, il a cumulé plusieurs mandats : Premier ministre de mai 95 à juin 97 + maire de Bordeaux de 95 jusqu’en 2004 + président de la communauté urbaine de Bordeaux de 95 à 2004 (= 3 mandats exécutifs). Dès que son gouvernement a donné sa démission en 1997, M. Juppé est devenu ipso facto député de la Gironde. Donc je m’interroge : M. Juppé aurait-il fait campagne pour les législatives alors qu’il était Premier ministre ?
On ne peut certainement pas nier que l’homme est intelligent, mais de là à affirmer que c’est « un bonhomme politique », il y a un fossé que je ne franchirai pas. En effet, aujourd’hui le maire sortant de Bordeaux clame haut et fort qu’il est contre le cumul des mandats, mais une analyse objective de sa carrière politique remet indubitablement cette posture en question. Plus récemment, il a tout de même incité le Conseil municipal de Bordeaux à démissionner afin de lui permettre de redevenir maire : rien de très choquant. Par contre, il avait dès 2006 laissait entendre qu’il avait changé, qu’il se consacrerait exclusivement à Bordeaux. Or, en mai 2007 il est nommé ministre d’Etat et se présente aux élections législatives alors qu’il n’avait pas le droit de cumuler un mandat exécutif national et un mandat législatif national (donc, le but était de faire un « hold up politique », c’est-à-dire qu’il pouvait remporter plus facilement le siège de député grâce à sa notoriété nationale, puis y renoncer au profit de son suppléant et conserver son portefeuille ministériel). Passons…
Ensuite, permettez moi de revenir sur le passé judiciaire de ce « mauvais-homme politique ».
En 2004, le tribunal correctionnel l’a tout de même condamné à une peine de sursis et à 10 ans d’inéligibilité… 10 ANS. Mais les juges d’appel ont rendu un arrêt partiellement confirmatif et très pusillanime dont voici un extrait :
« Il est regrettable qu’au moment où le législateur prenait conscience de la nécessité de mettre fin à des pratiques délictueuses qui existaient à l’occasion du financement des partis politiques, M. Juppé n’ait pas appliqué à son propre parti les règles qu’il avait votées au parlement. Il est également regrettable que M. Juppé, dont les qualités intellectuelles sont unanimement reconnues, n’ait pas cru devoir assumer devant la justice l’ensemble de ses responsabilités pénales et ait maintenu la négation de faits avérés. Toutefois, M. Juppé s’est consacré pendant de nombreuses années au service de l’État, n’a tiré aucun enrichissement personnel de ces infractions commises au bénéfice de l’ensemble des membres de son parti, dont il ne doit pas être le bouc émissaire ».
Par conséquent, M. Juppé a été condamné à une peine d’un an d’inéligibilité. Pourtant, il a toujours nié « des faits avérés ». La Cour d’appel s’est montrée magnanime car, sans vouloir en faire un bouc émissaire, les magistrats auraient dû se montrer plus sévères quant à l’inéligibilité d’un homme politique « qui a trompé la confiance du peuple souverain ». Ses proches (famille, membres du parti, sympathisants) ont bénéficié d’avantages exorbitants. D’autre part, la politique municipale n’est pas exempte de critiques (voici un blog bordelais qui relate certaines prises de positions de la ville de Bordeaux).
Enfin, bien que beaucoup de candidats de droite ne souhaitent pas que les enjeux municipaux soient appréhendés dans un contexte national, on ne peut pas nier qu’il existe une certaine collusion entre le niveau national et le niveau local. D’ailleurs, le président de la République souhaite « nationaliser » les campagnes locales et M. Devedjian intervenait dans ce sens hier dans la rubrique « Les 4 Vérités » de Télématin. Il a dénoncé une campagne « ad hominem », c’est-à-dire une campagne qui se focalise sur les personnes et non sur les programmes. Il a critiqué les techniques de la gauche qui consistent à faire campagne en dénigrant la politique de N. Sarkozy. « Le PS mène une campagne mensongère » depuis de nombreuses années a-t-il affirmé. Puis il a cité quelques exemples :
-le plan B lors de la campagne référendaire (rejeté par la direction du PS mais prôné par les tenants du « non »). Désolé de vous contredire M. Devedjian, mais le plan B existe. Ce n’est pas la solution la plus simple mais c’est incontestablement la plus démocratique car elle aboutirait à l’élection d’une assemblée constituante européenne.
-la TVA sociale lors des législatives ! Désolé, mais l’idée n’est pas venue de la gauche… C’est le gouvernement qui a envisagé cette hypothèse ubuesque : cruelle car ce n’est pas aux citoyens de payer plus d’impôts indirects pour alléger la fiscalité des entreprises et lâche parce que l’objectif ultra libéral de ce genre de réforme n’est pas clairement affiché.
-l’existence d’un plan de rigueur. Alors là, c’est le pompon ! Vous osez contredire notre Président de la République ubiquiste ? « Les caisses sont vides » ; « 22 000 fonctionnaires partant à la retraite ne seront pas remplacés » ; sociétisation croissante (privatisation ou quasi privatisation) de certains services publics ; une dette publique faramineuse de 2000 milliards d’euros…
Donc selon vous, il n’y a aucun plan de rigueur prévu nationalement ou localement ???
Finalement, nous pouvons mesurer à quel point la politique est un art difficile à maîtriser mais chacun de nous peut tout de même se faire sa propre opinion. Face à l’oppression, la démagogie (voire le populisme) et surtout l’injustice, la seule arme dont dispose le peuple est le bulletin de vote !
NB : voici les liens qui m’ont guidé et inspiré lors de la rédaction de ce billet.
http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2255/articles/a365196-jupp%C3%A9_intouchable_.html
http://www.special.sudouest.com/article.php3?id_article=4527
http://bordeaux.avance.over-blog.com/article-16897389-6.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jupp%C3%A9#Appartement_de_Laurent_Jupp.C3.A9

novembre 17th, 2008 à 23:42
simpa ce blog, Patrick