mai 30

Christophe Barbier 1 - Guy Carcassonne 0

Tag: PolitiqueDenis75 @ 13:45

Un petit duel - une joute verbale - a opposé ces deux hommes sur le plateau de « C dans l’air ». Que pouvons-nous tirer de leurs positions respectives à propos du terme « hyperprésident » ?

Comme à l’accoutumée depuis le 6 mai 2007, c’est sur N. Sarkozy que se focalisaient toutes les analyses. Le plus haut magistrat de France s’était rendu à Rungis dès 5 heures du matin puis avait pris la parole lors d’une émission radio sur RTL (fait rarissime pour un président de la République).

Mais en-dehors des positions de fond qui ont été évoquées par tous les intervenants, la forme des interventions présidentielles a retenu l’attention des observateurs. M. Carcassonne a soutenu que le terme hyperprésident était inadéquat car le Président de la République actuel aurait notablement moins de pouvoirs que ses prédécesseurs (qu’il compenserait en étant présent médiatiquement). M. Barbier rétorquait en faisant valoir qu’aucun autre président de la République n’avait autant monopolisé le devant de la scène (ce qui lui assurerait un poids politique de première importance).

Alors, une fois de plus, tout le monde a raison. Je souhaiterais néanmoins apporter quelques précisions. Lorsque M. Carcassonne compare G. Pompidou avec notre Président de la République, son analyse est juridiquement indémontable (M. Sarkozy est constamment sous le feu des projecteurs - même sa vie privée n’échappe pas aux objectifs - et il ne bénéficie plus de l’aide bienveillante de l’ORTF ; certaines autorités administratives indépendantes ont pris un poids conséquent sur la scène politique ; l’opposition parlementaire peut faire parler d’elle en réunissant 60 députés ou 60 sénateurs afin d’examiner la constitutionnalité de certaines lois…).

Mais bon ! Cessons de nous voiler intentionnellement la face. L’exemple de G. Pompidou était inopportun. Comparer les pouvoirs de N. Sarkozy avec ceux dont a pu jouir F. Mitterrand aurait été plus judicieux.

En effet, les situations tant économique (conjoncture économique mauvaise), que politique étaient plus semblables. Quoi qu’il en soit, le fait est que le président de la République est élu au suffrage universel (donc sur un pied d’égalité avec l’Assemblée nationale) ; qu’il nomme un gouvernement responsable devant le Parlement, certes. Mais grâce au phénomène majoritaire, le gouvernement ne risque plus de jouer le rôle « fusible ». De plus, la loi (mais aussi le domaine réglementaire) est l’apanage de la majorité présidentielle. Le Conseil constitutionnel n’est pas    « ce canon braqué contre le Parlement » que tant d’observateurs politiques redoutaient. De surcroît, les autorités administratives indépendantes sont bien souvent impuissantes face à l’inertie des pouvoirs publics CNIL, HALDE, AMF (aujourd’hui c’est Noël Forgeard, quelques membres de sa famille et des responsables d’EADS qui sont sur le grill, mais ils s’en tireront certainement sans avoir à rembourser le parachute doré dans un cas ou les dividendes gargantuesques pour les autres… Confer les affaires Elf, Jean-Marie Messier, Lagardère (oups, il s’agit encore d’une entité qui contrôle EADS)).

Alors, avec les remous provoqués par la garde à vue de 35 heures de Noël Forgeard, le Président de la République va-t-il évoquer « une prédisposition génétique à l’état de patron voyou » ?

Trêves d’enfantillages. Vous le savez tous : que ce soit sous G. Pompidou, F. Mitterrand, ou J. Chirac, les présidents de la Vème République ont toujours bénéficié de prérogatives exorbitantes. Ils ont tous accepté la personnalisation du pouvoir que la Constitution de la Vème République induisait - surtout depuis la réforme de l’élection du chef de l’Etat au SU en 1962. Les pouvoirs de N. Sarkozy ne sont pas incommensurablement moins étendus que ceux de ses prédécesseurs. Ils sont tout juste différents. Ce dernier détermine la « propagande nationale » (non plus avec l’aide de l’ORTF mais avec les grands groupes médiatiques). C’est ça le plus important.

Par conséquent, je rejoints C. Barbier sur son analyse qui consiste à axer sur la mutation - dérive ? - de la conception de pouvoir. M. Sarkozy a énormément de pouvoir et mérite le néologisme « d’hyperprésident » dans la mesure où il organise une « com » (1) efficace et ubiquiste. Cependant, si d’aucuns croient que le chef d’Etat n’est plus en mesure d’exercer juridiquement une influence décisive sur la politique de la nation, le terme proposé par C. Barbier pourrait faire l’unanimité. Il s’agit encore d’un néologisme, le président serait « un président.com ».

(1) une communication

 

2 Réponses à “Christophe Barbier 1 - Guy Carcassonne 0”

  1. roudoudoudodu a dit:

    un president.com est une bonne formule.Comme internet l’action de ce dernier a souvent un caractère virtuel.

  2. Denis75 a dit:

    “Souvent”, c’est vrai que ce sont la plupart du temps des effets d’annonces sans résultat concret à la clé (droit opposable au logement, revalorisation des retraites, suppression des niches fiscales et réglementation des revenus exorbitants des patrons). La liste est non exhaustive de toute façon…

    Mais parfois, son action a des répercussions très réelles sur nos vies quotidiennes. C’est pourquoi, Guy Carcassonne m’a quelque peu irrité en essayant de minimiser le pouvoir de N. Sarkozy.

    Cependant, je tiens à ajouter que M. Carcassonne est un excellent juriste. D’ailleurs, à la fin de l’émission, il a formulé un vœu pieux au nom de tous les téléspectateurs en invitant les journalistes à aller vérifier, creuser, commenter les politiques mises en œuvres ou simplement annoncées.

    Ca, c’est une tâche qui vous échoit mon Doudoudodu ;-)

    Roudoudou (ou doudoudouille ou Doudou… je sais plus moi)

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