juin 12

Check Point démocratique obligatoire : le référendum irlandais

Tag: PolitiqueDenis75 @ 17:12

Aujourd’hui même, J. Chirac a été décoré par le nouveau président de la Fédération de Russie du “Prix D’Etat” sur fond de discours lénifiant sur les réformes russes ou la démocratie. Cette décoration a été exceptionnellement accordée à un étranger en présence de M. Poutine (qui est désormais Premier ministre…).

Vincent Peillon (PSE : Parti socialiste européen) était quant à lui présent sur le plateau de LCI pour répondre aux questions du terrible inquisiteur médiatique (C. Barbier). Alors pourquoi mêler ces deux sujets qui n’ont a priori rien à voir : c’est parce que, à l’instar de M. Chirac, M. Peillon a tergiversé sur sa position vis-à-vis de l’Union Européenne (U.E).

Les deux hommes politiques ont eu les mêmes positions sur l’U.E (mais pas pour les mêmes raisons) : M. Peillon était contre le TECE en 2005 - Traité établissant une constitution pour l’Europe - mais il est pour le Traité de Lisbonne maintenant ; M. Chirac a laborieusement lutté tous azimuts contre la construction de l’Europe dès les années Quatre-vingt pour se rallier finalement aux pro-européens quand il est devenu président de la République.

Sans entrer dans le détail, ce qui pose problème dans la construction européenne c’est le manque de transparence et surtout de démocratie. M. Peillon le reconnaissait pleinement et expliquait que sa prise de position lors du référendum du 29 mai 2005 était due à cette absence relative de démocratie. Alors, bien sûr, énormément de connaisseurs des sciences juridiques vous diront que ces arguments sont faux. Que l’U.E est une usine à gaz, certes, mais que ce sont les membres des gouvernements élus qui siègent aux instances de l’U.E (1) et que le Parlement européen est un puissant « contre-pouvoir » élu au suffrage universel direct. Cependant, M. Peillon n’a nullement justifié son revirement de jurisprudence (les deux traités étant quasiment similaires, il aurait par ailleurs rencontré quelques difficultés). Autrement dit, il n’a pas expliqué pourquoi il était désormais pour.

Ce qui compte ce ne sont pas les opinions personnelles des citoyens, mais les décisions politiques qui façonnent notre vie quotidienne. Par là même, M. Peillon et quasiment toutes nos élites ont décidé de passer en force et peu importe les dommages collatéraux. Sauf que pour entrer en vigueur, le Traité de Lisbonne doit être ratifié par les 27 Etats membres. Le seul Etat dans lequel le peuple est appelé à se prononcer est l’Irlande (2). Ainsi, dès ce soir (ou demain) nous connaîtrons le ressenti d’une portion de la population européenne sur le mode de société / le (nouveau ?) contrat sociétal que les dirigeants européens nous proposent. Si le non l’emporte, les « oui-ouistes » crieront encore une fois au loup et dénonceront la « dictature de la minorité » ayant entraîné un nouveau bloquage de l’U.E.

Alors, accrochez-vous, car c’est maintenant que ça devient intéressant. En effet, d’aucuns tentent de prendre un coup d’avance et de critiquer le fait que la population irlandaise ne représente que 1% de la population de l’U.E. Ils sont 5,9 millions d’Irlandais à se prononcer sur cette question et si le non l’emporte, 5 millions de personnes auront décidé à la place de 500 millions de concitoyens européens. Oui mais nos dirigeants politiques oublient qu’ils n’ont laissé aucune possibilité aux autres peuples de s’exprimer (ah si… Il y a eu deux référendums en France et aux Pays-Bas en 2005 mais nos chers dirigeants ont décidé de passer outre).

Donc ils sont « mignons » mais il faudrait qu’ils arrêtent de nous prendre pour des buses ! S’ils souhaitent démontrer qu’ils ont raison et que 500 millions d’européens soutiennent mordicus la construction européenne telle qu’elle est entreprise depuis maintenant plus de 50 ans, qu’ils fassent voter les peuples. Mais non… Vous savez ce que c’est… Faire voter 500 millions de personnes c’est compliqué, cher et puis en plus le peuple ne comprend que rarement les enjeux dont il est question. En d’autres termes, on nous prend pour des c… pour des benêts.

Je conclurai en citant justement M. Peillon lors de son interview sur LCI car ce dernier nous mettait en garde en déclarant : « il faut savoir à quel point nos gouvernements nous mentent ». Je suis bien d’accord avec lui et force est de constater qu’on nous trompe souvent en ce moment. Donc si M. Peillon - député européen, soutien de Ségolène Royal - nous le dit, ça doit sûrement être vrai. Or, il ne nous reste guère de choix si on procède par élimination. Pour ma part, j’ai officiellement décidé depuis trois mois de rejoindre la secte de la LCR avec à sa tête le Grand Kangourou (Olivier Besancenot). Intervenant récemment dans une « feuille de chou » gratuite, O. Besancenot déclarait qu’il fallait revenir aux conceptions originaires de l’activité « d’homme politique » : les élus ne doivent jamais devenir des professionnels de la politique. Par principe, les fonctions électives sont exercées à titre gratuit (si, si… C’est inscrit dans le Code général des collectivités territoriales et c’est un principe primordial pour toute démocratie). Puis il a appelé tous les « citoyens » - particulièrement les jeunes Français (citoyens ou résidants) - à le rejoindre dans le cadre du NPA (Nouveau parti anticapitaliste). Enfin, reprenant à son compte une idée que j’avais déjà évoquée, il estime que les forces de gauche doivent se regrouper afin d’incarner « une gauche décomplexée ».

 

 

 

 

(1) En fait, ou plutôt de jure, c’est un peu plus compliqué que cela : aucun gouvernement n’est élu directement par le peuple ; soit des parlementaires désignent un chef d’Etat/de gouvernement qui nommera ses ministres (régime parlementaire), soit un chef d’Etat est élu au suffrage universel direct en concurrence avec le Parlement et le chef désigne ses ministres (régime présidentiel). Donc, en définitive, aucun gouvernement n’est élu mais ce sont les membres de ces gouvernements (ministres) qui siègent au sein des instances de l’U.E. [Le Parlement européen je n’en parle même pas parce que ça va m’énerver].

(2) Le référendum populaire est une obligation constitutionnelle pour ratifier n’importe quel traité dans cette nation. Aucune issue, aucun succédané n’est envisageable (à part réviser la constitution en force avec tous les risques que ça implique).

Pour information, la population irlandaise se chiffre à 5,9 millions et il y aurait seulement 3 millions d’électeurs. Au surplus, si le non venait à l’emporter, trois solutions peuvent être envisagées :

-les 27 Etats membres pourraient être tenter de renégocier le Traité de Lisbonne

-tenter de limiter les bévues. Donc ils en resteraient au Traité de Nice et les 27 continueraient à fonctionner comme depuis 2002 (et oui… malgré le double NON en 2005, l’U.E a continué à fonctionner normalement jusqu’à aujourd’hui et contrairement à ce que certains dénonçaient)

-procéder à un nouveau référendum en Irlande : les Irlandais seraient gentiment conviés à revoter (il existe un précédent avec le Traité de Nice - toujours un traité communautaire ; c’est-à-dire pour l’U.E - qui a été rejeté une première fois en 2000 puis accepté en 2002)

One Réponse à “Check Point démocratique obligatoire : le référendum irlandais”

  1. Denis75 a dit:

    Depuis vendredi soir, nous connaissons le résultat de ce référendum populaire : le NON l’a largement emporté.
    Désormais, le malaise européen s’amplifie et il faudra renégocier un nouveau succédané de traité communautaire ; faire revoter les Irlandais sur le même texte ; ou ne rien faire.

    Pour anticiper tout commentaire désobligeant, je préfère rappeler clairement que je suis POUR l’Europe. Mais plutôt pour une Europe telle que Victor Hugo (député à l’assemblée constituante de 1848) la concevait : les Etats-Unis d’Europe. C’est-à-dire une Europe solidaire au sein de laquelle tous les Etats seraient sur un pied d’égalité. Une Europe fédérale avec un gouvernement fédéral populaire (élu au SUD)et un Parlement (élu au SUD) digne de ce nom. Une Europe où les souverainetés nationales seraient effacées (contrairement à L’U.E actuelle où les gouvernements ont d’immenses pouvoirs : ce qui les arrange en fait.) et dans laquelle la sauvegarde d’un pacte républicain commun serait assurée par une souveraineté populaire européenne/communautaire.

    Mais, ce sujet mérite des développements plus conséquents donc j’y reviendrai dans un billet intégralement consacré à ce sujet.

Laisser une réponse