juin 16

La Dictature de la minorité

Tag: PolitiqueDenis75 @ 15:36

J’ai terriblement envie d’écrire une petite diatribe contre le chef d’Etat qui effectue sa tournée des Etats membres en vue de la présidence de l’U.E. Son leitmotiv : « passer en force ». En effet, Nicolas Sarkozy a décidé de remonter le moral des dirigeants européens qui pourraient être tentés de ralentir le processus de ratification du Traité de Lisbonne ou pire d’envisager une ratification populaire. Il faut savoir que actuellement 18 Etats ont dors et déjà ratifié le traité. Le Parlement grec a voté pour la ratification du traité le jeudi 12 juin 2008. Donc, 18 Etats membres sur 27 ont ratifié le traité. Par contre, l’Irlande a rejeté par un vote populaire le même texte. D’où la naissance d’une difficulté politico-juridique non négligeable.

Lorsqu’un traité a été « signé » par les gouvernements de différents Etats, il doit systématiquement être « ratifié » (approuvé) par un organe différent : le Parlement pour les engagements internationaux qui n’ont pas d’incidence majeure sur les institutions, la constitution etc ; ou par le peuple. Ensuite, il « entre en vigueur » à une date prévue - en l’occurrence le 1er janvier 2009 pour le Traité de Lisbonne.

Alors, pourquoi nommer ce billet d’humeur « la dictature de la minorité » ? C’est pour une raison très simple. Sur un sujet aussi important que la construction communautaire, nos dirigeants ignorent les peuples. La Grèce a ratifié le traité le 12 juin par la voie parlementaire. Parallèlement, l’Irlande a rejeté ce texte le 12 juin par un vote populaire (les résultats ne seront connus que le vendredi 13, mais le scrutin était clos le 12 au soir). Contrairement à ce qu’annonçait Reuters (dans sa dépêche ci-dessus), les Irlandais ont nettement rejeté le texte          (reportage sur Arté fort intéressant). Votre « fidèle serviteur » (sic) avait plutôt suggéré que l’issue du scrutin n’était pas si « incertaine » que cela.

C’est pourquoi, lorsque N. Sarkozy traverse toute l’Europe afin d’accélérer le processus de ratification parlementaire, j’émets quelques réserves. Pourquoi une minorité prendrait-elle les décisions fondamentales à notre place ? Cette Europe, qu’on veuille la doter d’une constitution «oupa », c’est la nôtre. Ensuite, si on avance le prétexte que N.Sarkozy a été élu et qu’il a désormais des promesses électorales à tenir, il faut néanmoins garder à l’esprit que ce sont d’autres « engagements présidentiels » qui ont réellement fait consensus. C’est-à-dire que c’est carrément très hypocrite d’affirmer que l’élection de N. Sarkozy signifiait que 20 millions de Français étaient d’accord avec l’ensemble du programme présidentiel. Les promesses électorales qui ont permis à Nicolas d’être élu étaient : l’augmentation du pouvoir d’achat, la revalorisation des retraites, la baisse des prélèvements publics (1) mais pas la relance d’une U.E ultra-libéraliste. Enfin, lorsque l’on vante quotidiennement les vertus de la démocratie et qu’on affiche de manière ostensible son auto-satisfaction à vivre dans « une démocratie », on se doit de la défendre au jour le jour… Becs et ongles ! Or, dans un régime démocratique, le chef de l’Etat n’interfère pas dans les décisions juridictionnelles (confer la décision du Conseil constitutionnel à propos de la loi sur la rétention de sûreté) et il n’encadre pas les pouvoirs du Parlement (confer « la réforme des institutions » et le soi-disant renforcement des prérogatives du parlement (= pouvoir législatif)). Surtout, il respecte les décisions souveraines du peuple.

N.B : Une petite caricature pour illustrer ma thèse.

 

(1) Oui, bon ! C’est la seule promesse qui a été partiellement tenue. « Partiellement » car une infime partie de la population française observe réellement une diminution des « impôts, taxes et sujétions » en tout genre. La grande majorité des citoyens constatent la hausse alarmante des prix sans pouvoir manifester leur mécontentement (2).

(2) En effet, l’opinion publique est constamment en train de stigmatiser tous ceux qui exercent des droits aussi fondamentaux que le droit de grève, le droit de manifester, la liberté d’expression. Des grévistes que nos dirigeants accusent d’être responsables de la crise économique subie par la France aux routiers que les polices française et espagnole évacuent manu militari, il n’y a que des atteintes aux droits les plus fondamentaux des peuples. Alors certes, on les laisse se mettre en grève selon des conditions de plus en plus restrictives (loi du 21 août 2007 dite du « dialogue social » - sous prétexte de renforcer le service minimum dans les transports en commun ; proposition d’instaurer un Service Minimum d’Accueil lorsque les enseignants se mettent en grève) mais les médias, la classe politique et une minorité intellectuelle matraquent l’opinion publique d’arguments sophistes et démagogiques. La conséquence est automatique : « portons atteinte aux droits de grève, de manifestation ou de réunion ». Il en va de même pour ce droit fondamental qu’est la liberté d’expression. Ce dernier est naturellement restreint lorsque d’une part tous les grands groupes médiatiques appartiennent aux mêmes acteurs, et, d’autre part, lorsque l’opposition politique ne peut pas s’exprimer sereinement (du président de l’Assemblée nationale qui coupe trop souvent la parole aux députés de gauche jusqu’à la presse en général qui relaye majoritairement les idées les plus conservatrices sans jamais en vérifier l’authenticité, nous sommes littéralement étouffés par cette « démocratie d’opinion » (J. Juliard) qui n’est qu’une dégénérescence de la démocratie représentative (3)).

(3) Pour la distinction entre démocratie représentative et démocratie directe, je vous renvoie à un autre billet à paraître dans la semaine.

One Réponse à “La Dictature de la minorité”

  1. JPaulo a dit:

    La diatribe est très bien argumentée, bravo.
    Il lui manque juste un “petit détail” pour expliquer l’agitation Présidentielle. En Droit International, un Traité doit être signé par tous les États concernés.
    La démarche des oligarchies européennes consiste à tenter d’isoler l’Irlande pour l’obliger à revoter… Mais cette fois-là selon le désir de la minorité au pouvoir.
    Il s’agit bien d’une Dictature de la Minorité.
    Amitiés,
    JPaulo

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