juin 18

La suite de l’offensive conservatrice

Tag: PolitiqueDenis75 @ 18:37

Après avoir obtenu bien des concessions d’une majorité silencieuse depuis le 6 mai 2007, le gouvernement s’apprête de nouveau à faire un geste en faveur des mieux lotis.

De la loi TEPA (dite « cadeau fiscal ») en passant par la loi LRU (loi relative à la liberté et à la responsabilité des universités) et jusqu’à la suppression des régimes spéciaux ou la loi sur la rétention de sûreté, le gouvernement a largement rassuré la minorité conservatrice du pays.

Pourtant, une nouvelle loi en vue d’interdire le téléchargement illicite est à l’étude. Dans le même sens, N. Sarkozy continue à vilipender les patrons voyous devant les caméras tout en préparant une « dépénalisation du droit des affaires ».

Sans chercher à embrouiller l’esprit du lecteur, il faut expliquer les tenants et les aboutissants de la loi contre les téléchargements illicites. C’est ce que nous ferons dans un premier temps avant de dériver vers d’autres problématiques qui ont la même origine dans un second temps.

Tout le monde sait que les internautes téléchargeant des fichiers audio ou vidéo sont légion. Ils privent certainement les auteurs d’une manne d’argent mais contribuent également à faire circuler les nouveaux artistes, à faire découvrir les nouvelles œuvres. Cette loi qui sera probablement votée durant l’accalmie parlementaire, médiatique et populaire de l’été est une fuite en avant car la part des droits d’auteur est systématiquement minime. Le problème est ailleurs : ce sont les maisons de production, les intermédiaires divers et les distributeurs qui empochent la plus grosse part du gâteau. Il semblerait donc que c’est avant tout un problème de redistribution des richesses dont s’agit. Le paroxysme de la situation sera atteint lorsque des internautes auront été condamnés, pendant que les investisseurs auront vu leurs ventes stagner ou légèrement augmenter alors que l’ensemble de la population se sera résigné à écouter des tubes commerciaux et sans intérêt. Car, avec des problèmes de récession économique de plus en plus présents, qui va pouvoir continuer à acheter tous les disques ou DVD qui l’intéressent ? Donc, les profits des multinationales stagneront et les consommateurs sombreront dans une sorte d’immobilisme culturel.

Nous touchons ici le talon d’Achille de la droite, car c’est bien d’immobilisme, de conservatisme dont il est question. Contrairement à la rupture promise par un politicien qui était depuis 20 ans au pouvoir, c’est la continuité qui ressort des « réformes » de l’Elysée. En effet, qu’il s’agisse de la baisse des impôts sur le capital (impôt sur les successions [vers 3mn], défiscalisation des heures supplémentaires - car ce sont les propriétaires de capitaux qui en bénéficient), de la réduction du nombre de fonctionnaires (RGPP, fusion de services administratifs, réduction du nombre d’enseignants) ou de la politique sécuritaire de la France, nous maintenons le cap vers l’île des Bisounours capitalistes.

Or, toutes ces soi-disant réformes sont globalement inefficaces : depuis 1995, M. Chirac a lutté contre l’insécurité et la hausse progressive des prélèvements publics. L’insécurité n’a pas réellement diminué et les finances de l’Etat sont toujours aussi désastreuses car on ne s’attaque qu’aux problèmes apparents sans régler le problème de fond : la redistribution des richesses. Aujourd’hui, on nous annonce qu’il faut supprimer de nombreux postes de fonctionnaires car ils coûtent chers. C’est une évidence, mais il ne faut pas se leurrer. La population a augmenté et la restructuration de l’Etat ne se fera pas au bénéfice du citoyen. Par exemple, supprimer 54 000 fonctionnaires militaires est une bonne façon de faire quelques économies mais comment assurer le maintien de la totalité des forces françaises sur le globe ? Si la France se désengage, elle met en péril la pseudo stabilité de certains pays et n’est plus en mesure de s’assurer des matières premières abondantes et bon marché (d’aucuns soutiendront que c’est une bonne chose sauf que ce ne sont pas les populations qui profiteront de ce désengagement de la France). De même, supprimer 11000 postes d’enseignants cette année et près de 20 000 l’année prochaine ne permettra pas d’améliorer le niveau scolaire de nos chers bambins. La population a encore augmenté depuis les chiffres de 1982 avancés par M. Darcos et je ne pense pas que les professeurs réussiront à faire mieux avec moins de moyens : mais ça, c’est ce que je pense, le ministre de l’Education nationale affirme le contraire en comparant la situation française à celle des pays étrangers.

Enfin, près de 500 000 personnes ont défilé mardi 17 juin contre « la réforme des 35h » et l’augmentation de l’âge du départ à la retraite. « Trop peu et insignifiant » selon le gouvernement. Pour ma part, j’estime qu’ils étaient déjà nombreux en comparaison avec la journée de mobilisation maximale contre le CPE (un million de manifestants). Encore une fois, le problème est lié à la redistribution des richesses. Enormément de travailleurs seraient prêts à travailler plus longtemps si le bénéfice était substantiel. Mais non, les dirigeants et actionnaires préfèrent monopoliser toute la production des richesses (petit article très succinct à lire sur Aupamédia). Par là même, les multinationales délocalisent, restructurent et exigent la privatisation de tous les services publics : c’est une logique purement spéculative et individualiste qui s’oppose frontalement à la logique de l’Etat de droit. Cette dernière s’évertue en effet à réguler les activités humaines, à protéger l’individu faible contre l’absolutisme du plus fort.

 

N.B : Le dernier lien renvoie à une émission du Dessous des Cartes dans laquelle J.C Victor énonce : “il convient de réfléchir à ce problème de la privatisation de l’eau à l’échelle de la planête. (…) Il convient peut-être de réfléchir à la façon de ne pas à terme privatiser l’air. Cela paraît absurde mais on n’aurait jamais imaginer il y a 20 ans pouvoir privatiser l’eau à ce point l’eau”.

Cela paraît absurde en effet. Néanmoins, il faudra résister et j’invite tous ceux qui connaissent des difficultés ou qui veulent témoigner à rejoindre l’association le Club des Blogueurs. “La désobéissance civile apparaît nécessaire à la respiration de la démocratie ; loin d’affaiblir la démocratie, elle la protège et la renforce. Il faut beaucoup d’indisciplinés pour faire un peuple libre” (Georges Bernanos).

One Réponse à “La suite de l’offensive conservatrice”

  1. roudoudoudodu a dit:

    Bonne idée de citer l’auteur de “De grands cimetières sous la lune” en attendant que le gouvernement ne nous creuse de grands cimetières sous les urnes…

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