juin 25
Compte-rendu de la conférence « spéculation et crises : ça suffit »
Ce samedi 21 juin dans l’amphithéâtre de la Sorbonne de nombreux conférenciers ont dépeint le malaise profond qui frappe de plein fouet l’économie mondiale. Ce n’est pas un phénomène nouveau mais la crise financière a été accentuée depuis septembre 2007 et la crise des subprimes notamment.
La session de l’après-midi était fort instructive et je remercie au passage les intervenants : Peter Wahl (WEED - Bonn), Frédéric Lordon (CNRS - Directeur de recherche), Dominique Plihon (Université Paris XIII) ainsi que Jean-Marie Harribey (Université Bordeaux IV). Leurs interventions, bien qu’elles aient été menées à vive allure, étaient très intéressantes. Cependant, selon un des responsables de Attac - JM. Harribey je crois -, l’association ne semble pas résolue à participer au processus constituant du NPA. A titre individuel, les militants s’investiront certainement mais la direction (un des porte-parole en tout cas) a fermement rejeté ma proposition…
Mais revenons-en à nos moutons spéculateurs ! C’est effectivement le capitalisme financier qui a fait l’objet de toutes les critiques. Le capitalisme industriel n’étant abordé que de manière incidente. Peter Wahl a tout d’abord expliqué que la hausse des prix des matières premières était due à un mécanisme de compensation : compensation des effets de la crise en commençant à spéculer directement sur les matières premières. La spéculation sur les matières premières agricoles et minérales a donc pris de l’ampleur et cela explique en partie la hausse des prix agricoles et pétroliers (par exemple, des études récentes démontreraient que 20% de la hausse du prix du pétrole sont dus à cette spéculation). Par conséquent, les émeutes de la faim dans bon nombre des pays africains et d’Asie seraient le corollaire de la crise économique globale qui s’est aggravée en 2007.
Ensuite, M. Wahl expliquait que les Hedge funds avaient pris de l’importance malgré un rapport extrêmement critique de la BCE (Banque centrale européenne) au début des années 2000. Ces Hedge funds, ou fonds alternatifs interviennent en compléments des pensions funds (fonds de pensions) et des investissements des banques notamment - qui eux sont « contrôlés » ou du moins réglementés. Le rapport de la BCE préconisait la suppression de ces fonds (l’Allemagne était pour par exemple ; la France avait adopté me semble-t-il une position « mi figue, mi raisin »). Mais le Royaume-Uni et les Etats-Unis notamment étaient contre. P. Wahl a proposé de limiter « l’effet de levier » intrinsèque à ces Hedge funds et d’instaurer une transparence comme pour les banques.
Puis, F. Lordon compléta cette analyse : en exergue de son argumentation, il a remarqué que nous assistons depuis plus de 30 ans à une prise d’otage. En effet, ce sont les finances privées qui précipitent les finances publiques vers la banqueroute. Donc, M. Lordon proposait qu’on règle une dernière fois la crise actuelle mais en imposant des contreparties aux investisseurs afin qu’il n’y ait plus de crise financière à l’avenir. Ainsi, on renflouerait une ultime fois les finances - ce que font déjà la BCE et la Féd (la Réserve fédérale américaine) depuis septembre 2007 - et on inventerait des garde-fous. Il préconise donc la « doctrine de la conditionnalité » en matière de capitalisme financier (doctrine en vigueur pour toutes les relations Nord-Sud). Autrement dit, la désactivation du risque systémique serait conditionnée par des contreparties : des transformations radicales des structures financières. Il a suggéré 4 principes directeurs dont découlent 9 propositions. La suite étant extrêmement technique, je vous renvoie à un article détaillé de ce chercheur paru dans la revue Mouvements.
Néanmoins, je dois revenir sur certains points forts de son argumentation. Titrisation et leviérisation notamment conduisent les spéculateurs à investir des fonds qu’ils n’ont pas. Ainsi, la banque Bear Stearns a réussi avec seulement 8 milliards de dollars de fonds propres à se retrouver engagée à hauteur de 13 400 milliards de dollars lors de sa faillite à la mi-mars.
Ce n’est pas un phénomène isolé et il faut savoir que ce sont des sommes astronomiques : le budget annuel de l’Etat français est seulement de 120 milliards d’euros maximum si ma mémoire est bonne ; la dette de l’Etat français est de 2000 milliards d’euros contre 39 000 milliards de dollars pour les Etats-Unis (remboursement des intérêts de la dette compris). Ce sont des sommes qui dépassent l’entendement et seule la dérégulation financière explique qu’une banque ait pu être endettée à ce point. Au bout de la chaîne, ce sont évidemment les contribuables qui doivent payer : nationalisations, rachat des crédits bancaires à risques par la BCE et la Féd… (C’est-à-dire que nous payons la prise de risque des investisseurs privés que ces derniers ne souhaitent pas assumer : la vie est belle).
Enfin, D. Plihon a dénoncé « le mythe de l’autorégulation du marché », l’endettement croissant et la conjonction d’une multitude de crises favorisant un risque systémique. Il préconisait d’inverser la hiérarchie des normes internationales (c’est-à-dire d’en finir avec la suprématie des règles commerciales et financières de l’OMC et du FMI pour réhabiliter les traités conditionnant les droits politiques, sociaux etc…). Les politiques publiques sont depuis les années 70 en net recul car nous assistons pour cet enseignant-chercheur à « une révolution conservatrice » : Thatcher, Reagan, voire F. Mitterrand depuis 1983 et bien évidemment leurs successeurs en sont, pour ma part, les principaux instigateurs.
Deux objectifs prioritaires paraissent séduisant de prime abord : stopper la mobilité internationale du capital (ce serait l’arme absolue pour les dumping social entre les peuples) et agir sur le partage des richesses. Pour ce faire, il a défini 3 axes de propositions : un nouveau Bretton Woods (1) ; une autre Europe (2) ; encadrer les acteurs financiers (3).
(1) = Jusqu’en 1971, la spéculation sur les monnaies était interdite (résultat d’un compromis avec les Etats-Unis pour la reconstruction lors des Trente glorieuses). Donc les taux de change des monnaies étaient fixés par les Etats. Lorsque l’accord de Bretton Woods est devenu caduc, le dollar a cessé d’être sous-évalué est a pu devenir hégémonique ; les acteurs financiers ont dès lors spéculé sur les monnaies entraînant par exemple la crise de 1997 en Thaïlande.
(2) = L’indépendance de la BCE pourrait être remise en cause et Attac prône surtout l’abrogation des articles du TCE (A. 48 et 56) permettant une liberté de circulation totale du capital. D’autres traités internationaux stipulent également que cette liberté de circulation du capital est prépondérante ce qui laisse penser que « le capital est devenu apatride ».
(3) = Enfin, l’encadrement des acteurs financiers pourrait passer par une priorité donnée à la finance bancaire (car contrôlée) plutôt qu’à la finance du marché. La nationalisation rationnelle des banques était également préconisée.
Nous pouvons en conclure que le sujet est extraordinairement vaste et qu’une « entreprise de démagogie » (S. Portelli) internationale est fermement établie. Comme l’affirme J. Nikonoff (économiste), le discours récurrent est : « les Etats sont prisonniers de la finance » ; donc, nous politiques, nous ne pouvons rien faire. Mais c’est un postulat complètement faux. Ce sont nos dirigeants qui ont libéralisé à outrance le marché : ils ont façonné un cadre juridique légal nouveau correspondant aux vœux du néolibéralisme (doctrine - ou « secte » selon l’expression de S. George - développée par Hayek et Friedman). Il faudra beaucoup de temps et d’énergie pour contrecarrer les politiques conservatrices actuelles et vous êtes tous invités à participer.
NB : voici le lien pour aller signer la pétition qui a déjà réuni plus de 39 000 signatures.

octobre 22nd, 2008 à 12:17
super blog, j’adore vos articles et reportages
bonne continuation
Jean Paternin