nov 06

Barack Hussein Obama va-t-il casser la baraque ? (bis)

Tag: PolitiqueDenis75 @ 1:28


Depuis le « hold-up démocratique » de l’an 2000, la majorité des États-uniens, ainsi que tous les peuples de la Terre, ressentent de plus en plus l’injustice intrinsèque d’un modèle économique animé exclusivement par l’appât du gain.[1]

 

C’est pourquoi, même si l’issue du scrutin est incertaine, beaucoup attendent avec impatience le 4 novembre 2008 et le Changement !

 

Le « changement » est le leitmotiv des deux candidats mais, pour ma part, seul Barack Obama a une chance infinitésimale de l’incarner.

 

En effet, son origine ethnique, son verbe et ses récentes victoires politiques (notamment contre la Ségolène Royal d’outre-atlantique) sont autant de critères subjectifs qui pourraient faire pencher la balance internationale vers une société plus juste, plus équitable, plus sociale ; bref, en deux mots : plus socialiste.

 

Mais tel n’est pas le programme politique de B. Obama : dès lors, quelles données objectives pourraient permettre un tel revirement idéologique ? Le bon sens ? Trop subjectif ! La pitié ou la piété ? Trop subjectives ! La vérité ?!?

Loin d’apporter toutes les réponses, ce billet est simplement destiné à établir quelques faits afin, peut-être, de se rapprocher de la vérité.

 

Tout d’abord, la tautologie selon laquelle le secteur privé est plus efficient que le secteur public. Les évènements récents et à venir vous démontreront, chers lecteurs, que cette affirmation érigée en tautologie n’était qu’un postulat, voire une vaste fumisterie.[2]

 

Ensuite, les mensonges et amalgames colportés par nos dirigeants à propos de « la gauche » (pour l’Europe en général et la France en particulier) ou des « forces progressistes » (d’un point de vue international).

 

Les exemples sont légions : 

« La gauche française est responsable de la débandade économique de la France ». Mais quand est-ce que la gauche a gouverné la France ? Le cartel des gauches ; le Front populaire de 1936 à 1938 ; quelques ministres de diverses coalitions parlementaires sous la IVème République ; et F. Mitterrand ainsi que L. Jospin sous la Vème République (c’est-à-dire 15 années de majorité politique sur 50 ans… Sans compter le fait que le Sénat n’a jamais été à gauche). Donc la gauche n’a quasiment jamais été au pouvoir mais elle est responsable de toutes les catastrophes économiques qui ont conduit l’État français à… « la faillite » (François Fillon).

 

De même pour l’Italie : Silvio Berlusconi est arrivé au pouvoir pour la première fois en 1994 et il est le chef de gouvernement ayant occupé le plus longtemps ce poste. Mais c’est à cause de quelques coalitions de gauche éphémères (la « sinistra » en italien) que l’Italie est au bord du gouffre en 2008.

Cela pourrait presque devenir comique si les conséquences humaines n’étaient pas catastrophiques !

 

Autre exemple, il y a à peine un an, L. Ferry, J.F. Copé, X. Bertrand déclaraient tous en cœur que l’extrême gauche ne subsistait que dans un seul pays : la France. Ah bon ! Et l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Suède ou l’Allemagne (avec Die Linke) ? Que dire de Cuba, la Bolivie, le Venezuela ou la Colombie (aurait-on oublié l’existence des FARC depuis la libération providentielle de l’une des prétendantes au prix Nobel de la paix 2008 ? La bien nommée Íngrid Betancourt)… Que de mensonges !

 

Enfin, bien sûr, la crise financière internationale. Au Portugal, la plupart des institutions ne la mentionne même pas : elle n’existe pas.[3] Ailleurs, elle est minimisée alors que depuis août 2007 ce sont des centaines de milliards de dollars ou d’euros qui se sont volatilisés. La BCE a injecté en août 2007 plus de 94 milliards d’euros et la Féd plus de 24 milliards de dollars. Plus tard, les injections massives d’argent se sont multipliées et les banques centrales de nombreux pays ont également tenté de sauver l’économie mondiale. Donc le plan Paulson (700 milliards de dollars) ou les 2000 milliards d’euros de l’U.E suffiront-ils à assurer la solvabilité d’un marché de 60 000 milliards de dollars (ou d’euros) ?

Dernière précision, je me permets de corriger Xavier Bertrand car, s’il ne s’agit que de cautions, ce n’est pas une excuse pour mentir à S. Moati et à tous nos concitoyens.[4]

 

Mais revenons-en à nos moutons américains (ou plus exactement états-uniens).[5]

 

L’histoire des États-Unis est marquée par une ségrégation intensive : les Indiens d’Amérique du Nord n’ont obtenu le droit de vote que en 1955 ; l’entrée des premiers noirs dans une université a été ponctuée d’émeutes et s’est soldée par l’intervention des militaires pour empêcher les lynchages ; le statut d’afro-américain n’a été reconnu par la Cour suprême que par un arrêt de 1968. De ce point de vue, B. Obama représente un espoir pour des milliards d’individus et un moyen de tourner la page pour les 300 millions de citoyens des EUA. Justement, B. Obama a non seulement réussi à « dépasser le clivage noirs/blancs » (Rama Yade), mais il a surtout révélé son « talent de conciliateur ». Après 8 ans de déchirements politique et idéologique, le peuple des EUA pourrait effectivement se réconcilier.

 

Par contre, B. Obama n’est certainement pas un socialiste convaincu : par là même, il ne pourra pas proposer des solutions politiques globales capable de résoudre le mal de notre société qui est gangrenée par un « individualisme égoïste » (aux antipodes du concept de « société »). Donc, des données objectives doivent rentrer en ligne de compte : évolutions et conséquences de la crise capitaliste ; mutations de la géopolitique ; genèse de l’Histoire et propagation de l’information…

 

Par conséquent, même si je suis un fervent partisan de Barack Hussein Obama, je n’ai qu’une seule et unique question à poser à B. Obama : « what’s up doctor » Obama ?

 

NOTA BENE : la plupart des éléments de ce billet sont extraits du hors-série « juin-juillet-août 2008 » de Courrier international consacré à B. Obama ainsi que de l’émission Ripostes du 2 novembre 2008.




[1] Je vous recommande vivement de voir ou de revoir l’un des films de M. Moore : Farenheit 9/11. Les coïncidences afférentes à l’élection de Bush junior et aux attaques de l’Afghanistan et de l’Iraq sont plus que troublantes. Outre les liens manifestes entre la famille Bush et la famille Ben Laden, l’élection de George W. Bush ressemble à un simulacre de démocratie. Toutes les chaînes de télévision avaient annoncé la victoire de Al Gore en Floride… Sauf la tristement célèbre Fox. Toutes les enquêtes indépendantes (organisations internationales, organismes non étatiques) ayant décompté à nouveau les suffrages ont donné raison au candidat démocrate mais la Cour suprême a intronisé Bush junior.

 

[2] Voici le passage le plus délicat : pourquoi le secteur privé serait-il meilleur que le secteur public ? Avez-vous déjà vu un État faire faillite ? Non ? Parce que les sociétés qui déposent le bilan chaque année sont nombreuses. Or, les sociétés publiques, entreprises publiques, ou les établissements publics industriels et commerciaux ne font jamais faillite. L’argument n’est pas très probant je vous l’accorde. En voici un autre : quelles sont les « entités » françaises qui dégagent le plus de bénéfices ? Aréva (énergie nucléaire), Véolia (production et distribution d’eau potable), la SNCF, France Télécom/Orange (ainsi que La Poste qui subira bientôt le même sort que ses consoeurs), EDF [-GDF], Air France, EADS (= Airbus, Dassault…) etc… Que des entités qui sont - ou ont été pendant très longtemps (cas de GDF et Air France notamment) - des entités publiques. Vous n’êtes toujours pas convaincu. Alors, expliquez-moi pourquoi à chaque fois qu’une de ces entités passe dans le secteur privé les prestations offertes aux clients ne sont pas réellement meilleures ? Par contre les prix augmentent.

Comme le disait le Professeur Etienne Fatôme lors d’un cours magistral : « le droit, c’est l’art de poser des questions ».

Pour conclure sur ce point, j’ai cherché et cherché des études scientifiques qui démontreraient le primat du secteur privé sur le secteur public : en vain. En revanche, il est plus aisé de lire des textes scientifiques qui démontrent le contraire (confer les efforts faramineux pour nier le dérèglement climatique).

 

[3] « M’enfin ! » (Franquin, Gaston Lagaffe

Ca, c’était vrai jusqu’à la fin des vacances de la Toussaint. En effet, le gouvernement a décidé ce lundi 4 novembre 2008 de nationaliser la BPN (Banco Portuguese de Négocios = Banque portugaise des affaires, secteur privé). Puis, dès le mardi, le Parlement annonçait que les dirigeants de la banque devraient, de jure, renoncer à leurs indemnisations contractuelles [= traduction juridique : durant la période de chômage technique, les clauses du contrat prévoyant des indemnisations pécuniaires pourraient être légalement résiliées]. Ensuite, ça s’accélère… Le Gouvernement, appuyé par le groupe majoritaire au Parlement (le Parti socialiste), envisageait d’annuler les « actes de gestion » de ces quatre dernières années.

 

[4] confer l’émission Ripostes du 26/10/2008 : notre ministre du travail, X. Bertrand, affirmait sans sourciller que la « caution » étatique était une somme d’argent à la disposition des banques. Il affirmait que, tout comme pour les locations d’appartements, cette somme n’avait pas été versée aux banques. Certes, mais en ce qui concerne les  locations, tous - presque tous ? - les citoyens savent pertinemment que la caution ou l’argent est encaissé par le bailleur (privé ou public [et oui, même le CROUS enfreint la loi]) pour n’être reversé que lors de la restitution du logement.

 

[5] En effet, le peuple des Etats-Unis d’Amérique ne compte que 300 millions d’âmes. Pourquoi les Canadiens, les Colombiens, les Vénézueliens, les Équatoriens, les Boliviens, les Argentins, les Brésiliens, les Chiliens - et j’en passe - devraient-ils être amalgamés avec le peuple des Etats-Unis 

 

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