août 27 2009
Les primaires ouvertes au sein de « la gauche » et le but inavoué de la « social-démocratie standard »
Dans le précédent billet, j’avais évoqué ce nouveau concept qui mériterait quelques approfondissements : « la social-démocratie standard ». Késako ? Je profite donc du débat sur les primaires qui devrait mobiliser des cohortes de journalistes et tous les participants de l’université d’été du PS à La Rochelle pour tenter d’éclaircir ce concept sorti de mon imagination insatiable.
En tant qu’apprenti juriste, j’ai pris l’habitude de tout compartimenter, de tout diviser en parties, catégories, sous-catégories afin de pouvoir analyser clairement un sujet. C’est donc une sorte de réflexe inné qui me pousse à subdiviser la social-démocratie. La « social-démocratie standard » est celle qui a été battue aux dernières élections européennes dans pratiquement tous les pays. Malgré un score en très nette progression, Europe-écologie (les Verts) n’a obtenu que 14 sièges avec 2,8 millions de suffrages ; le PS français également. En tout, 28 sièges au Parlement européen si on additionne les deux. Même si l’UMP et ses satellites ont réuni moins de suffrages (4,8 millions), selon les règles de ce scrutin, cela leur confère 29 sièges. Résultat des courses, on peut affirmer que les conservateurs ont gagné. Du coup, on peut en déduire que la social-démocratie a été battue (et c’est le même constat pour de nombreux États européens).
Mais peut-on se permettre d’affirmer que cette social-démocratie là a perdu parce qu’elle ne représentait plus les idéaux d’une majorité des sociaux-démocrates ? Je pense qu’on le peut (d’ailleurs je le fais). D’où ma propension à la renommer : il s’agirait donc de « la social-démocratie standard ».
Il ne faut pas non plus oublier le taux d’abstention record à ces élections européennes, les scores relativement bons des partis à gauche de « la gauche » et les défaites accumulées aux élections nationales depuis la dernière victoire de « la gauche » en 1997 (ça remonte à plus de 12 ans tout de même).
Pour ma part, la « social-démocratie standard » serait donc un mouvement politique apparu dans les années Soixante-dix qui a renoncé au socle commun de la gauche (la vraie) : le marxisme, l’internationalisme. En épousant les thèses de Keynes (qui, comme chacun sait était un progressiste philanthrope (vous pouvez y voir une certaine pointe d’ironie)), « la social-démocratie standard » a tout simplement tourné le dos au progressisme. On ne peut le nier qu’avec les plus grandes peines du monde et à l’aide de moult sophismes. En effet, comment un mouvement politique converti au capitalisme, à l’économie de marché, à la présidentialisation du régime républicain pourrait se revendiquer du progressisme ?
À mon avis, ils sont confrontés à une contradiction insurmontable. Et il n’est pas sage - quel que soit le domaine - de s’accommoder des contradictions. Le seul moyen de lever la contradiction étant d’affirmer qu’il existe « un bon capitalisme » qui pourrait être compatible avec le progressisme. Bien évidemment, la « social-démocratie standard » tente de nous faire avaler cette grosse couleuvre (ou ce boa ?).
Cette « social-démocratie standard » n’a donc rien à perdre en tentant de faire émerger son candidat par le biais de primaires ouvertes : elle contribue à l’éclatement de la gauche (la vraie) tout en poursuivant ses propres intérêts.
Le but des primaires ouvertes serait de sélectionner un candidat pour toute la gauche. Les dirigeants du PS se sont progressivement tous convertis à cette idée - y compris Benoît Hamon qui était pourtant contre il y a peu de temps. Mais il ne faut pas se leurrer. D’une part, malgré les paroles rassurantes de M. Hamon sur France Info, un grand nombre de militants de droite sera incité à voter pour le candidat qui les satisfera le plus (ou celui qui les effraiera le moins, c’est à vous de voir). D’autre part, les candidats des autres partis de gauche (la vraie) risquent de ne pas se présenter (M. Mélenchon l’a déjà affirmé et le PC s’alignera certainement sur cette conduite sensée ; quant à M. Besancenot, il y a encore moins de chance). Dès lors, leurs sympathisants iront-ils voter pour le candidat du PS ou des Verts qui les séduit le plus ? Ou, plus subtilement, pour celui qui risquerait de dégoûter un maximum de citoyens progressistes : DSK, Marie-Ségolène Royal, Emmanuel Valls ???
Sur France 24, un professeur de sciences politiques, le Professeur Sawicki, se montrait très sceptique. Il estimait que cela reviendrait à mettre la charrue avant les bœufs. En effet, il insistait sur le besoin vital d’élaborer en premier lieu un nouveau projet politique, fondé sur un socle idéologique commun qui rassemblerait tous les partisans de la gauche (la vraie). Il affirmait même que l’idée des primaires ouvertes n’était qu’une « stratégie de fuite en avant » puisqu’on ne pourrait pas régler les réels problèmes et arriver ainsi à un consensus sur les idées et sur un programme. De surcroît, il faut imaginer ce qui se passera en 2012. Les primaires ouvertes sont présentées comme étant le seul moyen de réunir « la gauche ». Ok, sauf qu’en 2012 il y aura automatiquement un émiettement des candidatures (peut-être un ponte du PS désappointé ainsi qu’un représentant des Verts plus progressiste que Dany le rouge (MM. Cochet, Mamère ou Bové) ; et forcément tous les candidats de l’extrême-gauche).
Je ne peux qu’abonder dans son sens. Vu que la « social-démocratie standard » a subi une cinglante défaite malgré un contexte politique très favorable, il s’agit avant tout de revenir à une stratégie d’alternative. La social-démocratie (la vraie) doit incarner une alternative crédible au « libéralisme capitaliste »[1]. Or, la « social-démocratie standard » se contente de reprendre à son compte les dogmes libéraux qui ont été incorporés - de force - au capitalisme. Son but inavoué est de s’affirmer comme étant le seul et unique courant progressiste. Mais, en se contentant de calquer les politiques des conservateurs, elle échouera en 2012 comme dans le passé.
Par conséquent, la social-démocratie (la vraie) doit rassembler tous les opposants au capitalisme autour d’un programme démocratique. En s’alignant sur les propositions de la « social-démocratie standard », les derniers socialistes du PS seront en concurrence avec : certains socialistes dissidents, une partie de la mouvance écologiste, les communistes, les trotskystes… C’est-à-dire, tous leurs alliés qui partagent au moins une chose en commun avec eux : l’internationalisme.
[1] Pour le concept de « libéralisme capitaliste », il faudrait également pondre un billet conséquent (10 - 20 pages… Au bas mot). Je m’y attellerai sous peu mais les lecteurs de ce blog connaissent la distinction que je fais entre le libéralisme économique (très peu en vigueur dans nos sociétés) et ce que j’appelle ici le « libéralisme capitaliste » qui est une variante du capitalisme (ou ailleurs le « libéralisme sélectif »). Un peu comme le couple infernal socialisme/communisme, le « libéralisme capitaliste » ne serait donc qu’une variante du capitalisme : un capitalisme régulé, un capitalisme humanisé…
